« Mon roi » : J+3

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Posted by lanageuse Category: News

J’ai attendu le week-end. Je suis arrivée au Wepler en avance, je me suis installée à la meilleure place de la meilleure salle et tout ce qui a défilé sur l’écran avant le début du film m’a semblé interminable.

J’étais assise au milieu des gens qui ne connaissaient personnellement ni Maïwenn, ni Emmanuelle, ni Cassel, ni Attal,  exactement comme je voulais. À ma droite, il y avait deux femmes et un homme, vraisemblablement des potes de boulot, dans les 40 ans, assez sûrs d’eux, critiquant par principe pubs et bandes-annonces, l’une des femmes annonçant qu’elle était une inconditionnelle de Maîwenn, l’autre répondant qu’elle avait détesté « Pardonnez-moi », tous les trois faisant le décompte de sa filmographie et confirmant que « Mon roi » était son 4ème film. Je les ai donc tous vus. Moi j’ai bien aimé « Pardonnez-moi », adoré « Polisse » et j’ai cru mourir d’ennui au « Bal des actrices ». Je me demande si je ne suis pas sortie avant la fin. Ça ne m’est presque jamais arrivé.
À ma gauche, il y avait trois nanas dans les 30 ans, la dernière a débarqué en retard avec un paquet de Mikado et une canette de coca. C’était juste parfait.

Le film commence. Le film finit.

J’ai adoré. J’ai surtout énormément ri. Je n’ai pas vu Tony, j’ai vu Emmanuelle bien sûr. C’est tout sauf un rôle de composition. C’est elle de a à z, il n’y a pas une scène dans laquelle je ne l’ai pas reconnue au millimètre près comme je la connais depuis 48 ans. Donc forcément, une impossibilité à rentrer dans le « personnage », Marie-Antoinette j’a pas pu y croire, par contre la performance d’Emmanuelle c’est cette capacité à se montrer telle qu’elle est, sans filtre et sans forcer, sa capacité à redonner des émotions, des réactions, des sentiments éprouvés dans des situations qui sentent le vécu à 3000 %. Rien de « créé » donc, rien de « réchauffé » non plus, juste une sincérité, une entièreté, une exigence optimum dans le don de soi. Au lieu de voir Tony, j’ai vu ma sœur mais ça ne m’a pas gênée, pas empêchée de rentrer dans le film, ni de prendre la mesure de sa performance d’actrice car il faut pouvoir se mettre dans tous les états à la demande, il faut pouvoir appuyer sur les bons boutons au bon moment et sa qualité de présence et, de bout en bout, sans faille. Elle sert parfaitement le film, son propos, son énergie, le parti-pris de Maïwenn de raconter une histoire très ordinaire en se servant de personnalités brillantes, actuelles, aiguisées… Le choix des comédiens est un sans faute. Louis Garrel est épatant, simple et drôle. Tout est d’une précision terrible, d’une vérité absolue, d’une banalité et à la fois d’une dureté compatibles, tout est vrai, tout a été dit, traversé, entendu, redouté, caché, par la plupart d’entre nous. L’amour dépendant, l’amour passionnel, l’amour addictif est violent comme ça, est banal comme ça, est universel comme ça. Il n’y a ni bourreau ni victime. Chacun est responsable pour moitié. Il n’y a pas de salaud pas de maso. C’est un mec et une fille qui ont besoin l’un de l’autre pour se sentir vivants. La fille est un peu fragile alors elle tangue. Si elle était plus forte, elle aurait dit stop avant de se casser le « je-nous ». Bon bref. J’ai beaucoup aimé ce film qui raconte la vie de milliers de couples qui essaient de s’en sortir, de trouver le juste milieu entre « vivre » et ne pas crever. Emmanuelle est rayonnante, émouvante, discrète et orgueilleuse, secrète et impudique. Intelligente et manipulée. Un mélange de comme on est tous.

J’ai surtout, d’abord, c’est ce que je retiens le plus le lendemain matin, beaucoup ri. Cassel est dément. Sûrement tellement lui, aussi. Son jeu est d’une efficacité, d’une clarté, d’une précision, d’une rapidité, d’une générosité fulgurantes. Il traverse les 2h5 de film sans une réplique, sans une mimique qui bave, qui déborde, qui exagère, qui déroute. Tout est compact, crédible, véridique. Ce mec est une boule d’énergie, d’humanité et d’humour intense et ininterrompu. Il ne lâche jamais. Il nous emmène sans qu’on se pose de question. Emmanuelle et Cassel, le couple, « drivent » le film de Maïwenn de façon aussi naturelle que performante : c’est juste et excessif, c’est marquant et quotidien, c’est lumineux et abyssal, c’est terrifiant et incroyablement joyeux.

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