5e atelier d’écriture : ambiance électrique… mais productive !

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Posted by MB Category: Journal Tumblr, News

Antoine et Iliès nous avertissent que l’ambiance est tendue depuis le matin… « Tout le monde est énervé Madame !!! » Bon… :-)  Bagarre entre Bilal et Alaadin,  exclusion d’Oumar du cours d’histoire-géo, puis du cours de français, avec insultes, menaces et coup de poing donné dans une vitre. Marion m’explique qu’Oumar s’est montré extrêmement violent avec ces deux professeurs, qu’il lui dit avoir « la haine en lui depuis qu’il est petit » à cause de faits dont il n’aurait jamais parlé à personne…. « Même ma mère ne sait pas » a-t-il fini par lâcher. Pour l’instant, Oumar est dans la cour. J’espère qu’il va venir participer à l’atelier. Qu’il va réussir à écrire, pour décharger un peu de son agressivité, de sa colère. On est là pour ça.

Pendant ce temps, Alaadin et Eslem continuent de chercher Bilal, qui finit par jeter son sac parterre et partir… La récréation termine dans 5 mn, j’espère qu’il va revenir lui aussi. Je démarre l’atelier à 13h30 pile. On a du boulot aujourd’hui : c’est la dernière séance que je consacre à l’écriture ! Les 3 séances suivantes, qui précèdent l’enregistrement, serviront à travailler la diction, le son (sortir les mots, réussir à parler fort, qui que ça…), l’interprétation (charger les phrases de leur sens originel, grâce à  l’intonation, à travers l’émotion qu’on engage : retrouver l’émotion qui a généré l’écriture de ces mots-là précis…). Bref, il reste un gros gros boulot à réaliser sur le lien entre « le fond et la forme », avant de se retrouver devant un micro.

Bilal revient en trombe, en me précisant qu’il reste s’il s’asseoit à côté de moi. Soit. Oumar débarque, un bandage à la main droite, manifestement il a mal. Je lui fais un bisou sur la main et un immense sourire, je suis contente qu’il soit là. C’est vraiment grâce à lui si cet atelier, début janvier, a démarré sur une note si positive : c’est lui, parmi les élèves, qui a donné le ton… C’est en partie son enthousiasme, son envie, son énergie, sa bonne humeur, son inspiration qui ont entraîné les autres dans une expérience de groupe dynamique et constructive. Même si depuis 2 séances, je le trouve changé (extrêmement fatigué, triste, fermé, avec des mots de tête dus à un problème de vue, non compensé par le port de lunettes me dit Marion….) ; même si depuis 2 séances sa qualité de présence n’a plus rien à voir avec le démarrage de ces ateliers, je n’oublie pas à quel point j’ai pu compter sur lui, sur son ouverture d’esprit et sa bonne volonté, sur son talent et la confiance qu’il nous a accordée d’emblée.

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J’ai commencé la séance en leur expliquant que c’était notre dernière session d’écriture ensemble avant que je réunisse tous les contenus pour en faire « leur chanson » ; et que je leur demandais de rentrer dans leur bulle plus profondément que jamais, de recentrer leurs pensées sur leur famille (leur mère, leur père, leur grand-père, un frère, qui ils voulaient…), mais que c’était le moment de se servir de leur joie, de leur colère, de leur peur, de leur envie, de leur espoir, pour tout donner. Livrer, se dé-livrer. Dans un dernier élan.

Très vite, Oumar a mis sa tête dans ses bras, m’a montré qu’il ne pouvait pas tenir son stylo tant sa main était douloureuse, et s’est a moitié endormi sur la table ; Marion est allée le voir et l’a autorisé à quitter la classe. Elle l’a emmené dans son bureau et lui a donné accès à son ordinateur… En effet, il n’était pas en état de participer, l’envie n’était pas là et j’ai posé depuis le départ cette règle essentielle qui consiste à respecter le désir de chacun : on est obligé de rien !!

Restent donc Iliès, Alaadin, Antoine, Eslem, Bilal, Pierre, Marion et moi. Aujourd’hui Johram n’est pas venu. Dommage. Sa présence m’importe. J’espère qu’il sera là la semaine prochaine. Et qu’Oumar aussi nous rejoindra pour attaquer la 2ème phase de travail. Lors de cette 5e séance, donc, on a complété des débuts de phrases donnés par chacun (Je voudrais que… Je n’aime pas quand tu…, J’ai hâte…, J’aurais tant voulu…, Quand je fume…, Ca fait quoi de…, Jamais de la vie…, J’ai peur…., Je voudrais qu’on aille tous les deux…, Je te promets que…. Promets-moi….). C’était bien. Pierre a accompagné les temps de lecture en improvisant encore.  Ils progressent tous. Ils sont tous capables aujourd’hui de produire sur commande, de laisser leur pensée faire, de suivre leur instinct, de ne pas se juger… Sûrement ils se censurent un peu encore, mais c’est bien. C’est de la censure intelligente. Qui respecte le cadre, le contexte, les règles de respect mutuel. Tout ce qu’ils ont mis en place et qui fait que je n’ai jamais eu à les recadrer. Ensuite, et ce fut notre dernière expérience, je nous ai donné 15 minute pour l’écriture d’un « texte libre ».  Avec pour seule contrainte de l’adresser à quelqu’un de leur famille. Comme une lettre au fond…

Pierre, ces deux dernières semaines, a achevé de composer la musique de leur chanson. Dans une esthétique hip-hop, rap…  Il a écrit un super titre ! Qui reflète à la fois la tristesse, la dureté des situations vécues par ces enfants, et l’énergie de l’espoir qu’ils portent et de leur envie de bien faire ; une musique qui allie leur humour et leurs humeurs ; qui ils sont et qui ils veulent devenir. Pierre leur fera découvrir sa composition lors de la prochaine session… Afin que le travail d’interprétation s’effectue, naturellement, sur la « vraie musique » de la « vraie chanson ».

D’ici là, je dois écrire le texte entier, des couplets pour chacun, qui respectent toutes leurs productions entre janvier et mars, qui reflète au plus près leur pensée, je dois me débrouiller pour compiler, pister, concentrer ce qu’ils ont écrit, chacun, lors des 5 séances, pour en faire des strophes qui leur ressemblent et qui tiennent les unes aux autres…

Pain sur la planche.

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